Ce récit est une traversée des paysages iraniens, de Chirãz à Meched, d’Ispahan à Persépolis et Téhéran en passant par le golfe Persique. Et bien que ce long voyage soit centré sur les capitales et les lieux saints, les souvenirs de l’auteur infléchissent parfois ce livre vers une partition d’influences, de miroirs culturels et politiques en échos à ceux de son pays, la Turquie. Ainsi, et au-delà d’un portrait géographique et humain de l’Iran, l’essentiel des références de Nedim Gürsel est avant tout littéraire. Beaucoup de poésie jalonne ses chemins – la beauté engagée de celle de Forough Farrokhzad le touche profondément, celle des grands classiques comme Omar Khayyam aussi, sans compter la prose mélancolique de Sadegh Hedayat qui tient une place de choix dans cette ample cosmogonie esthétique. D’hôtels en cafés, de splendeurs architecturales en bibliothèques remarquables, Nedim Gürsel devenu écrivain des lieux se laisse éblouir puis atteint finalement la région désolée du Khorassan où il conte à son lecteur, envoûtante, la légende chiite de l’imam caché. Ultime façon se dit-on de rêver, peut-être encore, d’une autre spiritualité, loin de celles ayant cours aujourd’hui en Iran comme en Turquie.

AUTEUR : Nedim Gürsel
(Trad. Pierre Pandelé)
ÉDITEUR : Actes sud
164 pages, 21€